BIOGRAPHIE

Francais

1998. Au stade de France, Zinedine Zidane fait des merveilles. A Angers, de jeunes musiciens offrent au dub sa résurrection d’un autre Z qui veut dire Zenzile. La version instrumentale du reggae, invention de sorciers jamaïcains du son, truffée d’écho et de reverb, a presque sombré dans l’oubli. Elle a davantage besoin de promotion que la bande à Zizou. Depuis quelque temps déjà, Zenzile mijote l’affaire dans son local de répétition. Il la prend définitivement en main avec le bien nommé « Dub Promozione », EP 4 titres qui jette les bases d’une épopée toujours aussi savoureuse après seize ans d’exercice. Basse ronde et martiale, guitare tranchante, batterie métronomique aux syncopes franches, claviers friands d’effets, melodica… Aucun doute : l’acte de naissance de Zenzile est frappé du sceau reggae. Sorti dans la confidentialité, ce quasi inédit méritait l’exhumation. Au même titre que les trois « hors séries » que le groupe enregistrera quelques années plus tard comme autant d’intermèdes entre deux albums.

« Votre histoire ne peut pas marcher, il n’y a pas de chant » s’entend répéter Zenzile depuis sa naissance. Le chant, ou plutôt les chanteurs, les membres du groupe y ont goûté individuellement. Plus jamais çà ! Le hasard brisera le « pacte ». Invités à se produire trois soirs à Londres, Zenzile doit se plier aux conditions du promoteur : accepter qu’une jeune poétesse américaine pose, en live, ses mots sur sa musique. Aux grimaces du départ succède le sourire. Jamika inaugure le concept « 5 + 1 » -soit 5 musiciens + 1 voix – en 1999, entre le premier album « Sachem in Salem » et le second « Sound Patrol ». Zenzile y gagne une nouvelle couleur, une remarquable souplesse comme en témoignent les deux remixes phénoménaux de « Love child », et surtout une guest devenue aujourd’hui membre permanent.

Deux ans plus tard, quelques mois avant la parution de l’album « Totem », l’ami Jean Gomis, alias Sir Jean, chanteur de la formation lyonnaise Meï Teï Shô sera le second « +1 ». Et encore une fois, Zenzile sort grandi de l’expérience, Sir Jean conduisant le groupe vers des tonalités africaines qui enrichissent sa palette sonore.

En 2003, enfin, le quintette angevin enregistre, en deux heures chrono, un troisième volet de ces rencontres musicales avec Vincent Segal. Le virtuose du violoncelle invite, entre autres, Zenzile à visiter l’Orient et explorer des sonorités plus électroniques. « Gros bosseur, généreux, obsessionnel, cultivé, intarissable », selon les mots des musiciens, Segal va booster le groupe, le pousser à atteindre cette perfection qui caractérise ses derniers travaux, l’album « Pawn Shop » ou le ciné-concert « Le Cabinet du Dr Caligari ».

Trois disques épuisés, trois pochettes rouge, verte et jaune (qui marquent l’attachement de la bande à ce reggae fondateur), le EP de la genèse et des inédits de la période « Sound Patrol » : les fidèles de Zenzile méritaient bien ce coffret autant destiné à compléter la collection capitale du groupe français le plus singulier de la décennie écoulée, qu’à comprendre son passionnant cheminement.

Frédéric Péguillan

English

1998. At the Stade de France, Zinedine Zidane works wonders. In Angers, young musicians give dub a revival marked by another Z that stands for Zenzile. The instrumental version of reggae, invention of Jamaican sound wizards, brimming with delays and reverb, has almost sunk into oblivion. It needs more promotion than Zidane’s gang. It’s been a while already since Zenzile began cooking up the thing in their rehearsal room. They definitely take the matter in hand with the aptly named “Dub Promozione”, a 4-tracks EP laying the foundations of an epic journey that has retained all its flavor after sixteen years of activity. Round and martial bass lines, trenchant guitars, sharply syncopated, metronomic drums, effect-rich keyboards, blow-organ… no doubt about it: Zenzile’s founding act bears the seal of reggae. This near-unreleased record, which came out confidentially, deserved exhumation, along with the three other “special issues” that the band recorded a few years later like many intermezzi between two albums.

“Your thing won’t work, there’s no singing,” Zenzile keeps on hearing since their birth. The singing, or rather the singers, the band’s members had tasted them individually. Never again! Chance would break the “pact”. Invited to play in London for three nights, Zenzile has do abide by the promoter’s requirements: accept that a young American poetess set her words to their music. The initial grimaces give way to smiles. Jamika initiates the “5 + 1” – 5 musicians + 1 voice – concept in 1999, between the first album “Sachem in Salem”, and the second one, “Sound Patrol”. The experience endows Zenzile with a new color, a remarkable versatility – as attested by the two tremendous remixes of “Love Child” – and above all with a guest now become a permanent member.

Two years later, a few months before the release of the album “Totem”, our friend Jean Gomis, aka Sir Jean, singer of the band Meï Teï Shô, from Lyon, will be the second “+1”. And once again, Zenzile comes out stronger from the experience, Sir Jean leading the band towards African tonalities which enrich their sound palette.

In 2003, the quintet from Angers eventually records, within two flat hours, a third volume of these musical encounters with Vincent Segal. The cello virtuoso encourages Zenzile to visit, amongst others, the Orient, and to explore more electronic tones. “Hard-working, generous, obsessive, cultured, loquacious,” according to the musicians’ words, Sega is to boost the band, driving them toward this perfection which characterizes their latest works, the album “Pawn Shop” or their live accompaniment to The Cabinet of Dr Caligari.

Three sold-out records, three covers – red, green and yellow (testifying to their attachment to the founding reggae), the genesis EP and unreleased records from the “Sound Patrol” period: Zenzile’s followers rightly deserved this box, as much intended to complete the essential collection of the most singular French band of the last decade, as to understand their fascinating path.

Frédéric Péguillan